Le meilleur texte que j’aie lu cette semaine n’était pas le mieux écrit. C’était le plus habité.
— Gaëtan LejeuneIIl y a trois ans, mon futur manager me glisse en entretien : « Tu as 1h. Utilise l’IA si tu veux. » Ce jour-là, la question de l’IA et de la communication s’est posée concrètement pour moi. Depuis, je ne me cache pas : je l’utilise, et parfois même un peu trop.
Et je dois être honnête : c’est souvent impressionnant. Mais à l’usage, quelque chose m’a frappé. Pas dans ce que l’IA fait mal. Dans ce qu’elle fait bien.
Ce que l’usage révèle depuis l’intérieur
Quand je pose une question, l’IA répond. Vite, proprement, sans aspérité. Parfois très bien. Mais quand sa réponse ne me convient pas – trop lisse, trop consensuelle – je pousse. Je reformule, je contredis, j’insiste. Et c’est là, dans ce frottement, que quelque chose de réel commence à émerger.
Ce qui fait la différence, ce n’est pas l’outil. L’IA reste un outil – même ultra performant. Derrière, c’est moi qui suis là. Avec mon point de vue, une intention, une façon de voir les choses qui n’appartient qu’à moi.
Sans tout cela, le texte est correct. Mais il peut très vite sonner creux. Il n’y a personne derrière.
Ce que je vois passer tous les jours
Souvent, sans paraître amer, je lis des contenus bien construits, bien écrits, bien structurés. Et la plupart disparaissent sans laisser de trace. Non parce qu’ils sont mauvais. Parce qu’ils auraient pu être écrits par n’importe qui, pour n’importe qui, à n’importe quel moment.
À côté de ça, je reçois parfois un message, un post, une prise de parole simple — imparfaite parfois qui déclenche quelque chose. Une réaction, un échange, une envie de répondre. La différence n’est pas dans la qualité rédactionnelle. Elle est dans la présence de quelqu’un derrière le texte.
Ce que ça dit sur l’IA et la communication
Je partage naturellement. Un article qui m’a frappé, une observation du matin… je ne résiste pas longtemps. Ce matin encore, j’en envoie un à quelqu’un avec deux lignes : « Lis ça, ça m’a fait penser à ce qu’on disait. » Ce n’est pas le contenu qui crée le lien. C’est l’envie de le partager.
Ce réflexe, j’ai compris, c’est exactement ce que l’IA ne peut pas avoir. Elle agrège ce qui a déjà été dit. Elle ne choisit pas ; elle optimise.
Un texte qui ne vient de nulle part n’emmène personne nulle part.
Ce que l’IA ne remplacera pas… et pourquoi c’est structurel
L’IA ne vide pas la communication. Elle révèle à quel point beaucoup de contenus l’étaient déjà.
Sa vraie limite n’est pas technique. C’est qu’elle ne peut pas fédérer. J’aime fédérer. Partir d’un défi, embarquer les gens, m’emballer avec eux. Je me souviens du jour où j’ai proposé de réunir les plus sportifs d’EBP pour courir ensemble les 20 km de Bruxelles. « Deal, tu lances et tu gères », m’ont dit mes managers. Sur 100 employés, une quinzaine motivés et presque autant à franchir la ligne d’arrivée au Cinquantenaire.
Fédérer, c’est sentir les gens. Adapter son ton. Savoir quand une idée est prête à être entendue. C’est une dynamique vivante, relationnelle qui ne se calcule pas et ne s’optimise pas.
Ce que ça change concrètement
Trois principes
Utiliser l’IA pour produire, jamais pour penser. Elle structure, reformule, accélère. La direction, l’intention, ça reste humain.
Assumer un point de vue dans chaque contenu. Pas une déclaration. Une trace. Un « je pense que » qui dit à celui qui lit : il y a quelqu’un ici.
Viser l’adhésion, pas seulement la visibilité. Être trouvé, c’est utile – et ça mérite d’être fait correctement. Donner envie de suivre, c’est autre chose.
La vraie question
Un contenu peut être parfait et ne rien provoquer. Un autre peut être imparfait et créer un lien. En 2026, la différence est là. Pas dans ce que vous écrivez. Dans ce que vous y mettez.
L’IA nous le démontre chaque jour, en creux.
L’information passe. La communication relie. — Gaëtan Lejeune